Bergers d'Arcadie

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L'expression "Les Bergers d'Arcadie" renvoie à deux toiles de Nicolas Poussin comportant la fameuse locution "Et in Arcadia ego" et figurant des bergers entourant un tombeau.

Nicolas Poussin - Et in Arcadia ego (deuxième version, 1637-1638)


Les tableaux[modifier]

Les deux toiles de Poussin sont des peintures pastorales représentant des bergers idéalisés de l'Antiquité classique, rassemblés autour d'une tombe austère. La première version, datée de 1628-1630, se trouve en Angleterre, à Chatsworth House, dans le Derbyshire. La seconde version, exécutée dix ans plus tard en 1637-1638, est conservée au Musée du Louvre ; connue aussi sous le nom Les Bergers d'Arcadie, elle a eu une influence majeure dans l'histoire de l'art.

Source littéraire[modifier]

Et in Arcadia ego est une locution latine qui signifie : « Moi (la Mort), je suis aussi en Arcadie » ou, « Moi (qui suis mort), je vécus aussi en Arcadie. »

La première figuration d'une tombe avec inscription dédicatoire (à Daphnée près d'Antioche) dans le paysage idyllique d'Arcadie apparaît dans les Bucoliques de Virgile. Virgile y transpose dans la rustique Arcadie les caractères de bergers siciliens qu'avait évoqués Théocrite dans ses Idylles. Le thème trouva une nouvelle jeunesse au cours des années 1460-1470 de la Renaissance italienne, dans l'entourage de Laurent de Médicis. En 1502 Jacopo Sannazaro publia un long poème, Arcadia, source dans l'imaginaire occidental de l'Arcadie comme un monde perdu d'enchantements idylliques.

Source picturale[modifier]

C'est dans la Venise du XVIè qu'apparaît la première utilisation picturale d'une tombe avec inscription dédicatoire dans le monde enchanteur de l'Arcadie.

La toile du Guerchin (conservée à la Galerie nationale d'art ancien du palais Barberini à Rome) rend plus évident le sens de l'inscription dédicatoire par la figuration d'un crâne au premier plan.

Analyse des tableaux[modifier]

Nicolas Poussin - Et in Arcadia ego (première version, 1628-1630)

Le premier tableau de Poussin, celui de Chatsworth, est, selon toute vraisemblance, une œuvre de commande, inspiré de la toile du Guerchin. Son style est nettement plus baroque que la seconde version et caractéristique de la première manière de Poussin. Les bergers s'activent à dégager la tombe à-demi cachée et couverte de végétation et découvrent l'inscription avec une expression de curiosité ; la bergère debout à gauche est représentée dans une pose suggestive, très différente de l'attitude austère de la seconde version.


Celle-ci est composée de façon plus géométrique et les personnages y présentent un caractère plus contemplatif. Le visage sans expression de la bergère à droite est conforme aux conventions du « profil grec ».

Interprétation[modifier]

Littéralement, le titre Et in Arcadia Ego est un memento mori (« Souviens-toi que tu es mortel. ») Toutefois, André Félibien, le biographe de Poussin, l'interprétait comme : « la personne enterrée dans cette tombe a vécu en Arcadie ».

La différence la plus importante entre les deux versions, c'est que dans la seconde, l'un des deux bergers reconnaît l'ombre de son compagnon sur la tombe et trace la silhouette avec son doigt. Selon une ancienne tradition (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, ), c'est le moment de la découverte de l'art pictural. Ainsi, l'ombre du berger est la première image de l'histoire de l'art. Mais l'ombre sur la tombe est aussi un symbole de la mort. (Dans la première version, celle-ci est symbolisée par un crâne posé sur la tombe). Le sens de cette composition très complexe semble être que l'Humanité surgit de la découverte de la mort inéluctable et de l'invention concomitante de l'Art, réponse créative de l'Humanité à la finitude de l'individu.

Ainsi, la prétention de la mort à régner même en Arcadie est récusée par l'Art (symbolisé par la jeune femme parée à droite dans la seconde version), issu de l'Arcadie même, monde idéal : l'Art est légitime quand le pouvoir de la mort n'est qu'usurpé. Face à la mort, l'objet de l'Art - sa raison d'être - est de ressusciter les aimés disparus, consoler les chagrins, calmer les angoisses, concilier les sentiments inconciliables, distraire la solitude, exprimer l'indicible.

Sens ésotérique[modifier]

Le titre Et in Arcadia Ego ne comporte pas de verbe conjugué. Certains historiens anglo-saxons en ont conclu que la phrase était incomplète ou mal formée et qu'elle recélait un code ésotérique.

  • Certains ont postulé que Et in Arcadia Ego était l'anagramme de « I ! Tego arcana dei », c'est-à-dire : « Va ! je possède le secret de Dieu. » Ils suggèrent que le tombeau contient les restes de Jésus ou d'un patriarche biblique. Ils estiment que Poussin pensait être parvenu à identifier le lieu de la sépulture de Jésus à Jérusalem. Certains vont même jusqu'à affirmer que Poussin aurait été au courant d'un secret et qu'il décrit la réalité dans ses tableaux.
  • D'autres prétendent qu'il manque à la phrase le verbe sum et que l'expression extrapolée (« Et in Arcadia Ego sum ») aurait pour anagramme « Iesu Arcam dei tango », ce qui signifierait « je touche le tombeau de Dieu - Jésus ». Certains affirment de plus que le tombeau représenté se situerait aux Pontils, près de la commune d’Arques.

(source : Wikipedia)